On retire nos chaussures, on laisse toutes nos affaires au bord du plateau et on vient s’asseoir sur les chaises en cercle autour de la boussole. Les membres de l’équipe et les participants sont mélangés.
[labeur]On retire nos chaussures, on laisse toutes nos affaires au bord du plateau et on vient s’asseoir sur les chaises en cercle autour de la boussole. Les membres de l’équipe et les participants sont mélangés.
Premier tour de cercle pendant lequel chacun donne son prénom (et juste son prénom)
@@ -16,8 +15,7 @@ Présentation des membres de l’équipe et de leur fonction dans l’expérimen
* Loïc et Maëliss : artistes médiateurs et en charge de l’accompagnement des enquêtes
* Valérie et Séverine : artistes médiatrices et en charge de l’animation des exercices artistiques
* Marion, Pascale, et Anne en alternance : scribe et en charge de la documentation des ateliers
* Simon avec Tristan et Ambre en alternance : chargé de la documentation des ateliers
[/labeur]
* Simon avec Tristan et Ambre en alternance : chargé de la documentation des ateliers[/labeur]
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@@ -62,22 +60,22 @@ On recommence pour chacun jusqu’à boucler le cercle des prénoms[/labeur]
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7 — faire une ligne
~ 4 min animé par Loïc
[moment]7 — faire une ligne[/moment]
[temps]4 min animé par Loïc[/temps]
[labeur]
Faire une ligne droite du plus petit au plus grand sans se parler.
L’artiste-médiateur encourage les participants à faire la ligne jusqu’au bout, à prendre le temps de s’ajuster si nécessaire, jusqu’à ce que le groupe se déclare satisfait du résultat.
[/labeur]
texte de Bruno Latour - extrait du rapport d’activité du projet pilote (2021)
Commencer par les arts paraissait troublant. « — Quoi, vous prétendez renouveler la politique en nous proposant de nous mettre en ligne, puis en tas, puis en cercle ? Mais quoi, vous nous prenez pour des gamins de sixième ? — Mais quand même, pourquoi nous faire émettre des sons, en commun, par mille astuces, est-ce que par hasard vous nous prenez pour des vieillards dans un Ehpad à qui il faudrait rafraichir la mémoire par les tubes de leur enfance ? — Attendez, apprendre à émettre un son qui vous mette en résonance avec un participant qui se trouve en face de vous, c’est déjà commencer à changer de répertoire. » La « ligne d’Alloue » nous confirmait dans notre décision de ne jamais partir de l’expression d’opinion, parce que l’émetteur de ces opinions n’avait pas la bonne amplitude ou ne sonnait pas dans la bonne tonalité. En effet, le « moi je pense que… » « j’ai mes opinions à moi… » « je tiens à mes valeurs et elles sont inébranlables… », tout ce répertoire d’action, peut-être bien adapté avant la tragédie climatique, mais il n’est plus très opérant quand il s’agit de prendre position devant de nouveaux êtres, ces êtres qui sont précisément en train de faire irruption dans les provinces : le CO2 qu’est-ce qu’il fait là ? Les insectes, comment sentir et sonoriser leur disparition ? Les drames de la globalisation, ça se dit comment ? La mobilité ? La montée des eaux ? La fonte des glaces ? La disparition des anciens métiers ? La misère des petits bourgs ? La délocalisation des entreprises ? L’arrivée des migrants ? Le silence nouveau de la campagne-désert ? Le climat ? Quel est le « je » capable d’absorber de telles questions et de s’exprimer justement à leur propos ? ( … )
D’où là l’importance décisive des arts. Les bords de votre « moi » changent parce que vous apprenez, par des exercices bien choisis, à écouter, à entrer en résonance avec d’autres manières d’être. Si l’on change de pays, ce qui est, après tout, le but de l’atterrissage, forcément, on change aussi de façons de se comporter. « La politique, dit-on, est l’art du possible » — encore faut-il qu’il y ait des arts pour multiplier les possibles…
8 — sociométrie
~ 10 - 20 min animé par Loïc
[moment]8 — sociométrie[/moment]
[temps]10 - 20 min animé par Loïc[/temps]
[labeur]
Nous allons essayer de nous situer, cette fois-ci sur une carte que l’on va se représenter au sol. Nous allons donc commencer par placer le Nord. “Est-ce que vous pouvez m’indiquer où est le nord ?” On s’accorde sur la direction du Nord et on précise que les limites de la carte sont les bords de la salle. “ A mon clap, chacun va essayer de se positionner, le plus précisément possible, sur la carte en fonction d’où il habite. CLAP c’est parti”
Pour se repérer et se positionner, chacun va avoir besoin d’échanger avec les uns et les autres.
@@ -87,10 +85,10 @@ On suspend les déplacements, on s’ immobilise un instant pour pour écouter c
On suspend les déplacements, on s’ immobilise un instant pour pour écouter chacun se situer : “Je m’appelle Loïc et je suis né à Périgueux”. En fonction des acteurs présents sur la carte, chacun se réajuste et se repositionne pour atteindre une carte géographique la plus fidèle possible.
“A mon clap, chacun va essayer de se positionner en fonction de là où il voudrait vivre”. On suspend les déplacements, on s’ immobilise un instant pour pour écouter chacun se situer : “Je m’appelle Loïc et j’aimerais vivre dans les Pyrénées”. En fonction des acteurs présents sur la carte, chacun se réajuste et se repositionne pour atteindre une carte géographique la plus fidèle possible.
9 — vision périphérique
~ 8 min animé par Séverine en alternance avec Valérie
[/labeur]
[moment]9 — vision périphérique[/moment]
[temps]8 min animé par Séverine en alternance avec Valérie[/temps]
[labeur]
On va tendre les bras devant soi, puis les éloigner l’un de l’autre, aux limites du champ de vision, en essayant de toujours les voir, mais sans bouger la tête : on réveille sa vision périphérique. “A mon clap, marchez et prenez l’espace - pas d’espace vide. On marche avant puis en marche arrière, de nouveau en avant.”
On va choisir une personne et la garder dans notre champs de vision - sans qu’elle s’en rende compte - c’est un secret
@@ -111,14 +109,14 @@ Puis tout doucement on rouvre les yeux. On peut compter le nombre de personnes d
les objectifs de l’exercice - extrait du rapport d’activité du projet pilote (2021)
Constituer un groupe qui s’écoutent et jouent ensemble, cultiver un état de corps disponible qui a la sensation de l’espace tout autour de lui et non seulement devant lui dans la vision d’un spectateur extérieur. Chacune ressent sa situation de l’intérieur d’une croisée de trajectoires complexes à suivre.
[/labeur]



10 — description de l’iris
~ 15 min animé par Loïc
[moment]10 — description de l’iris[/moment]
[temps]15 min animé par Loïc[/temps]
[labeur]
On va se mettre par trois avec les personnes les plus proches, et on va se répartir les rôles :
la 1ère personne regarde attentivement l’iris dans l’œil de l’autre personne et décrit le plus précisément ce qu’elle voit, elle décrit ce qu’elle perçoit et ce qu’elle observe à haute voix
La 2ème personne note scrupuleusement ce que dit la première personne qui regarde et décrit, sans commenter.
@@ -132,14 +130,14 @@ Maintenant vous pouvez comparer les descriptions que vous avez produites, avec c
les objectifs de l’exercice - extrait du rapport d’activité du projet pilote (2021)
Apprendre à observer et s'entraîner à décrire avec le plus d’ouverture et de précision possible – Le fait que l’on regarde les yeux de quelqu’un d’autre fait que cela crée de la relation et oblige à une certaine précision dans la description, par respect de la personne que l’on a en face – Il s’agit aussi d’un sujet que l’on a, en général, jamais regardé et pour lequel on a aucun référentiel – Cela permet également de donner une expérience concrète d’émerveillement procurer par le fait de décrire et par la réalité qu’on observe comparé à la description simplificatrice et rapide que l’on donne quand on dit juste la couleur de ses yeux – cela permet aussi de parler de l’usage de la métaphore pour préciser que les formes esthétiques sont là pour décrire le réel avec encore plus de précision, de sensation et non pour partir dans l’imaginaire, hors du réel -
[/labeur]



11 — exercice de description oligoptique
~ 25 min animé par Loïc
[moment]11 — exercice de description oligoptique[/moment]
[temps]25 min animé par Loïc[/temps]
[labeur]
Chacun choisit un endroit où il peut trouver plusieurs entités hétérogènes, un endroit pas trop épuré si possible. On note tout ce qu’on perçoit dans cette tranche d'éléments et on liste toutes les entités visibles dans cette tranche - à plat, de manière complètement horizontale, sans savoir si c’est un humain, pas un humain, une matière, un objet, on note tout. On reste très fidèle à la tranche et on ne cherche pas à regarder derrière, à imaginer ce qu’on ne voit pas. On note chaque élément, sans préjugé du type “ça, ça m'intéresse”, “ça, c’est intéressant” ou “ça, ce n’est pas intéressant”. Ce temps d’écriture dure 10 min.
Étape suivante, je choisis une entité parmi la liste que je vais ensuite décrire de manière oligoptique. C’est à dire que je me demande :
@@ -157,7 +155,7 @@ A l’inverse des oligoptiques, les panoptiques donnent l’impression de tout e
les objectifs de l’exercice - extrait du rapport d’activité du projet pilote (2021)
Expérimenter la différence entre description panoramique et description oligoptique. Déplier la dimension d'acteur réseau d’une entité.
[/labeur]
texte de Bruno Latour - extrait du rapport d’activité du projet pilote (2021)
@@ -173,71 +171,71 @@ L’opposition entre individu et société est une fiction polémique et straté


12 — exercice de partage des descriptions oligoptiques
~ 10 min animé par Loïc
[moment]12 — exercice de partage des descriptions oligoptiques[/moment]
[temps]10 min animé par Loïc[/temps]
[labeur]
On se met deux par deux et on lit, chacun notre tour, la description oligoptique de l’entité choisie. L’un décrit, l’autre écoute, puis on inverse les rôles.
[/labeur]

13 — pensée en action sur les nouveaux cahiers de doléances
~ 15 min animé par Maëliss
[moment]13 — pensée en action sur les nouveaux cahiers de doléances[/moment]
[temps]15 min animé par Maëliss[/temps]
[labeur]
Visionnage de l’extrait de l’atelier de présentation du projet-piloté “Où atterrir ?” à Saint-Junien en février 2020 (visionnage depuis 14:37 à 29:23)
[/labeur]

[labeur]
Transcription de l’extrait de l’atelier-conférence :
“Le point difficile, c'est un point sur lequel je vais passer vite mais qui au fond est très important pour la géographie et pour ce que ça va veut dire de penser politiquement à ces question, c’est qu’il ne s’agit pas du globe, le globe n’est pas touché par notre activité. Si par globe on entend la totalité disons astronomique de la planète Terre.
[/labeur]

[labeur]
Ce qui est touché c’est la toute petite couche superficielle de quelques km c'est-à-dire jusqu’au roches les plus non fracturés, disons 3 kilomètres et peut être 3 kilomètres en haut. C’est tout. C’est la seule chose qui existe pour nous. C’est pas la planète Terre qui est menacée, la planète Terre continuera de tourner, le soleil, la lune qui tournent autour, c’est pas le problème. Ce n'est pas la Nature qui est un problème, c’est la petite couche qu’on appelle en science la Zone critique qui est ce sur quoi tous les vivants existent et qui a été elle-même transformée par tous les vivants. C’est pour ça que quand on écoute tous ces chiffres sur la menace, on dit que par rapport à l’immensité de la Nature c’est rien du tout. Oui mais par rapport à la seule zone que nous connaissons et à l’intérieur de laquelle nous vivons c’est beaucoup. A l'échelle de la Nature nous ne sommes rien d’important, à l’échelle de la Zone critique nous sommes énormément influents et elle réagit depuis quelques années de plus en plus vite et plus rapidement à nos actions ça c’est nouveau. Ca c'est une situation qu'il faut encaisser moralement, esthétiquement, politiquement et économiquement. Et c'est ça qui est difficile évidemment, c’est la situation dans laquelle nous nous trouvons.
[/labeur]

[labeur]
Ce qui est amusant c’est que ce scientifique qui s’appelle Alexander Humboldt qui est né il y a 250 ans, le père de la géographie, il y a des géographie ici, c’est un de leur ancêtre. Il redevient très à la mode et il a décrit très longuement dans beaucoup de ces livres, ces minuscules couches. On réapprend, on refait de la géographie. Mais évidemment c'est une géographie très transformée puisque maintenant il faut y insérer toutes les transformations que nous infligeons, que nous avons infligées. Quand je dis nous c’est pas encore une fois tous les humains, c’est des humains très spécifiques qui sont responsable de cette transformation et qui ont modifier le cadre matériel à un point qui exige une nouvelle compréhension de ce que c’est l’action politique.
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[labeur]
Donc, si vous avez suivi ma métaphore un peu brutale du pliage de la tente, il va falloir atterrir. Il va falloire prendre en coe et concentrer nos capacité d’invention scientifiques, technique,s noter imagination citoyenne dans un problème qui est un problème nouveau qui n'est pas celui de simplement comme autrefois de l’émancipation des conditions naturelles mais de l’atterrissage dans des conditions qui sont très enthousiasmantes dans un certain sens mais aussi très compliquées parce qu’elles exigent une connaissance très nouvelle de ce que la Terre peut porter.
Il y a un livre qui vient de paraître que je pense est très important si on voulait approfondir notre travail et on le fera peut-être sous forme d’ateliers dans l’année qui vient, c’est le livre de Pierre Charbonnier qui s’appelle “Abondance et liberté” qui est l’histoire des liens entre les grandes traditions socialistes et les traditions écologistes et pourquoi elle ne se sont jamais rencontrées jusqu'à maintenant. Au fond le titre du livre aurait pu être “ Fin du mois et fin du monde.”. C'est un travail savant de philosophie politique mais qui est relativement facile à lire et qui est tout à fait fondamental, pourquoi ? Parce qu’il résume la situation qu’on essaie d’avancer dans cet atelier avec vous, c’est le porte à faux entre le monde dans lequel on vit et Charbonnier explique très bien : il ya le monde dans lequel on vit, à l’intérieur duquel on avons nos habitudes juridiques, nous sommes protégés par la sécurité sociale autrefois du moins encore mieux. Nous sommes citoyens, nous avons des droits, nous avons des devoirs, nous avons tout un appareillage qui définit notre existence comme citoyen. Et il ya le monde dont on vit, et ce monde dont on vit, il est infiniment éloigné du monde dans lequel nous vivons.
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[labeur]
C’est ce porte à faux, c’est pour ça que j’ai pris comme exemple pour simplifier un travail d’architecte, où c’est techniquement un porte à faux, c’est à à dire que si vous êtes à l’intérieur de la maison vous ne savez pas forcément quel est le monde en dehors de la maison qui permet de vivre et à cette maison de tenir. Donc vous pouvez pensez aussi bien à ce qu’on appelle l'extractivisme, aux colonies, à l'exploitation de l'Afrique, vous pouvez pensez aussi aux migrants, mais vous pouvez penser aussi au charbon, au pétrole, au gaz. C'est-à-dire à toutes les choses qui nous permettent d’exister à l’intérieur de la maison mais qui n’ont pas de représentation, qui n’ont pas de visualisation, qui n’ont pas forcément de droits, le cas des migrants est évidemment le plus tragique de tous. Mais qui nous permettent de tenir notre existence. Et atterrir c’est essayer de faire coïncider les deux.
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[labeur]
Alors il y a des militants qui ont un très joli moyen de montrer ce porte à faux cette fois-ci temporel. Je suppose que vous le connaissez, c’est à dire c’est le jour de l’année où nous avons fini d’utiliser les ressources que la Terre nous donne et là de nouveau vous avez le passionnant problème de génération parce qu’en 1971 on allait jusqu’au 20 décembre. La Terre portrait à peu près, renouveler les capacités de transformation que nous utilisons. Et vous voyez là maintenant, c’est le 29 juillet. Même en 1990 c’est tout près 90, on était encore au 11 octobre. La dette, c’est une mesure de la dette, la dette en 90 était de 2 mois. Maintenant la dette est à partir du 1er août jusqu'en décembre.. Évidemment tous ceux qui sont agriculteurs ici s’en rendent compte, la dette s'accumule. C’est à dire que si nous ne sommes pas capable de renouveler les capacités génésique, les capacité d’engendrement de la terre, l'année suivante c’est encore plus difficile évidemment; Donc le drame que nous ne pouvons pas simplifier, le drame à l’intérieur duquel nous insérer et il faut s'insérer sans péter les plombs, c’est qu’il faudrait réussir à déplacer à nouveau cette date pour la faire recoïncider avec les capacités d’engendrement de renouvellement, et d’invention des vivants.
Vous voyez le drame il est magnifique, si j’ose dire, nous vivons une époque magnifique mais elle est dure, elle est dure parce que cette situation nous met dans une espèce de position de dette insupportable. Évidemment ce ne sont pas tous les humains, il y en a qui sont plus responsable que d’autres. C’est pas les indiens d’Amazonie qui sont responsables de ça, c’est probablement aucun d’entre nous d'ailleurs directement et c’est néanmoins collectivement le monde dont nous profitons, c'est un monde qui ne correspond en rien au monde à l'intérieur duquel nous vivons.
[/labeur]

[labeur]
L'expression qui est utilisée par les historiens et les géographes, c’est celle d'hectares fantôme et vous avez un assez joli exemple de déformation qui est bien connu. Ce n’est pas les humains, c’est des pays qui de façon tout à fait asymétrique profitent d’autre pays. Vous voyez que l’Afrique est minuscule alors qu’elle nourrit en quelque sorte le reste des autres, ça s’appelle les hectares fantômes. C’est un terme qui parle aux agriculteurs ici, c'est-à-dire qu’il y a les hectares que vous exploitez et les autres hectares fantômes que nous exploitons ailleurs. Evidemment autrefois, et aujourd’hui encore c’est le principe des colonies. Je dis ça en un insistant aujourd’hui parce que c’est le jour du Brexit, et c’est quand même absolument stupéfiant que c’est l’Angleterre qui a inventé la notion d’hectares fantômes en 1815 lorsqu’elle a arrêté de chercher à produire sa propre nourriture dans le territoire anglais. (...) C’est l’Angleterre qui a inventé cette idée stupéfiante qu’elle pouvait vivre de l’exploitation d’autres pays sans essayer de produire sa nourriture sur place. Et deux siècles après, l'Angleterre décide de façon tout à fait étrange, caricaturale et de farce en quelque sorte de recommencer ce grand moment.
[/labeur]

[labeur]
J’ai mis cet exemple pour nos amis éleveurs parce que je pense que ça les amusera. C’est une étude très passionnante sur le fait que si vous prenez l’élevage français, il est entièrement ailleurs l’élevage français. Il dépend entièrement, à gauche vous voyez, du soja produit. Alors évidemment, on peut dire que c’est les relations internationales, oui mais c’est aussi des relations de dépendances et ça rend la conception de ce que c’est qu’un territoire très compliqué. Parce que la bretagne n'est pas en bretagne. La Bretagne, elle est en Amérique latine. Et l’Amérique Latine n’est pas en Amérique Latine, elle dépend de la Bretagne. Au moment des incendies amazoniens, vous vous rappelez cette indignation générale et on avait dit dans la presse “ D’accord vous êtes furieux que l’Amazone brûle mais vous manger le soja, c’est vous les français qui brûlaient l'Amazonie” Bolsonaro avait dit “ Vous n'arrêtez pas de m’accuser mais c’est vous qui brûlez la foret en fait “. Ca veut dire que la notion de territoire, c’est là qu’on arrive à la notion qui nous intéresse ici, la notion de territoire n’a pas beaucoup de sens. Ce n’est pas l’endroit où on est c’est ce dont on dépend. Et c’est ça que l’on essaie de résoudre.
[/labeur]

[labeur]
Donc la question qui nous intéresse , une fois qu’on a absorbé toutes ces mauvaises nouvelles, c’est on fait quoi nous individuellement ? C’est quoi retrouver une capacité d’action sans péter les plombs, sur ces sujets ? Parce que, c’est l’inconvénient de toutes ces nouvelles et c’est ça qui angoissent beaucoup mes amis scientifiques, c’est qu’à chaque fois qu’ils produisent ces données, ils sont ensuite terriblement angoissés. Et ce qui est tout à fait étonnant c’est qu’autrefois les scientifiques sont des gens froids, un peu comme Dr Spock, vous savez avec une voix mécanique et puis ce sont les gens comme nous qui sont plein d’émotions. Et là maintenant c’est exactement le contraire, ce sont les scientifiques qui paniquent et les autres finalement? Si vous allez à Paris, que font les gens ? Ils fument dehors, devant les cafés, chauffés. Ils sont chauffés et ils fument. C’est à dire que non seulement ils se donnent des cancers du poumons qui vont nous coûter fort cher et en plus ils chauffent la planète qui n’est pas assez chaude comme ça. Indifféremment pendant que les scientifiques, eux, sont très inquiets.
[/labeur]

[labeur]
C’est ça atterrir. On a mis au point des procédures tout à fait bricolées avec nos camarades du consortium Où atterrir ? pour dire voila : qu'est ce qu’on fait si on voulait faire concorder un peu plus le monde dans lequel on vit et le monde dont on vit. C’est à dire d’essayer, et l’opération et compliqué, de se rendre sensible le territoire dont nous dépendons pour de vrai qui ne correspond en rien à simplement l’endroit où on est. Parce que ni le niveau national ni le niveau local ne correspondent plus à rien du tout du point de vue de nos dépendances. Donc partir des dépendances (…).
[/labeur]

[labeur]
L’idée c’est de dire : je ne dis pas où je suis si j’habite à Paris, à Saint-Junien , mais de quoi je dépends. Et de quoi je dépend c’est ça mon territoire. C’est une définition éthologique si vous voulez savoir pour l’oie sauvage, vous ne demandez pas “ Où est l’oie sauvage ?” puisqu’elle migre. Vous dites “ De quoi elle dépend ?” Et là, si vous dites de quoi dépend l’oie sauvage, vous avez défini son territoire de vie, ce qu’on appelle son terrain de vie dans notre jargon. Alors, comment on fait ça ? On va le faire petit à petit mais en tout cas il faut qu’on soit capable de dire de quoi on dépend pour subsister. j'utilise volontairement subsister parce que ça devient la question essentielle. Nous sommes dans une crise de subsistance. Si on a quatre Terres comme horizon et on n’en a qu’une il y a une problème de subsistance. Évidemment beaucoup de personnes travaillent sur cette question. Comme dans les questions que l’on va vous poser, est-ce que ces conditions d'existence sont menacées ? oui si on lit la littérature scientifique, on va dire oui mais ce sera beaucoup trop général. Ce qui nous intéresse pour agir individuellement c’est nous, chacun de nous, qu’est ce que je fais. Et c’est la grande question politique, quels sont ceux qui menacent et qu’est-ce qu’on fait contre ça ? C’est à dire définir nos alliés et nos adversaires.Si on ne fait pas ça, on ne fait pas de politique, on discute tranquillement et on espère un monde meilleur et harmonieux. On n’est pas dans la nature harmonieuse, on est dans une situation de guerre qui nous traverse. Ce n'est pas une guerre simplement avec des ennemis bien identifiés, seulement c’est qu’on est traversé. On est traversé à chaque fois qu’on hésite si on mange de la viande ou pas. On est traversé chaque fois qu’on décide si on fait du plastique ou pas. Et aucun de nous je crois, enfin surtout pas moi, on n’est cohérents. On est tous partagé, on est tous inquiets et il faut qu’on trouve un moyen de sortir de ce partage et de cette inquiétude.”
[/labeur]

14 — écriture et auto-description pour définir le concernement à partir du caillou dans la chaussure
~ 15 min animé par Loïc et Maëliss
[moment]14 — écriture et auto-description pour définir le concernement à partir du caillou dans la chaussure[/moment]
[temps]15 min animé par Loïc et Maëliss[/temps]
[labeur][/labeur]
On lit une première fois le questionnaire avec l’équipe pour découvrir chaque question et les expliciter si besoin. Le questionnaire ne sera pas ramassé, il guide chaque participant tout au long de son enquête. Les réponses seront amenées à évoluer, c’est un premier temps d’écriture qui sera réitérée tout au long du processus d’enquête. Pour l’instant on répond au questionnaire et on ne tient pas compte de la boussole.
Question 1. Chacun cherche des entités qui sont indispensables, vitales, essentielles à notre existence et dont il a appris que leur maintien était menacé. On cherche à partir de notre expérience vécue, d’une situation concrète qui nous concerne directement et on répond sous forme de liste, comme pour faire une liste de course. C’est comme un caillou dans notre chaussure, qui nous fait mal quotidiennement quand on marche. Il s’agit d’une situation à laquelle nous sommes confrontés et face à laquelle nous nous sentons impuissant.
@@ -260,16 +258,16 @@ On prend un temps pour répondre au questionnaire chacun pour soi. Loïc et Maë
les objectifs de l’exercice - extrait du rapport d’activité du projet pilote (2021)
L’objectif est d’habituer les participants à écrire sans peur de la « mauvaise réponse ». Ce que l’on appelle « extériorisation de la parole » consiste à lire à haute-voix ses réponses, à les partager, et à les dicter au scribe qui les écrit sans les modifier d’un mot. La forme compte car elle est corrélée au niveau de précision plus ou moins important des réponses. Les phrases énoncées par chaque participant sont relues par le scribe à voix haute.
[/labeur]


15 — partage des concernements
~ 45 min animé par Loïc et Maëliss
[moment]15 — partage des concernements[/moment]
[temps]45 min animé par Loïc et Maëliss[/temps]
[labeur]
La règle d’or à laquelle on se tient en atelier et jusqu’à la fin de l’expérimentation :
“On ne donne jamais son opinion, on ne discute pas, on ne rebondit pas, jamais.”
[/labeur]
point dogmatique de Bruno Latour - extrait du rapport d’activité du projet pilote (2021)
ON NE VOUS DEMANDE PAS VOTRE OPINION
@@ -285,28 +283,28 @@ A la fin, les membres de l’équipe passent aussi dirent leur concernement dans
point dogmatique de Bruno Latour - extrait du rapport d’activité du projet pilote (2021)
[labeur]
“ FAIRE PRESSION POUR OBLIGER A SAISIR AUTREMENT LE TERRITOIRE
Pour libérer les capacités politiques des gens il faut exercer sur eux une énorme pression pour qu’ils oublient leurs anciennes façons de parler et qu’ils finissent par arracher d’eux ce qui les attache. Rien à voir avec la spontanéité, la libre expression : c’est pression maximale ! C’est comme le café, il faut une très grosse pression pour en extraire le gout, laissés à eux-mêmes les grains sont fades. Important pour le consortium. Comme pour la sociologie de l’ANT, ce que nous faisons avec le consortium, c’est d’exercer une pression suffisante sur les participants pour les sortir du (pseudo) réalisme dans lequel ils se croient plongés, et qui irait, si nous n’y prenions garde, dans l’expression « spontanée » de leurs « opinions » sur le mode « moi je pense qu’il faudrait faire ceci ou cela ». Et comme ils le ressentent très fort, ils pensent vraiment que c’est à cela qu’ils tiennent et qui est véritable, authentique. Mais bien sûr ni le « moi je », ni le « moi je pense que », ni le « il faudrait » ne sont réalistes. C’est au mieux l’état des positions politiques qu’on a appris dans le passé. Ou au pire ce qu’on a lu sur Facebook ou que les fermes de fake news sibériennes ont introduit dans Twitter. Il faut donc exercer une force contraire qui, apparaît alors, comme totalement artificielle.”
[/labeur]


16 — pause
~ 10 min
17 — sculptures
~ 5 min animé par Séverine et Valérie
[moment]16 — pause[/moment]
[temps]10 min[/temps]
[moment]17 — sculptures[/moment]
[temps]5 min animé par Séverine et Valérie[/temps]
[labeur]
Echauffement : passer la balle
On se met en binôme et l’un des deux propose une sculpture qu’il tient
L’autre propose une seconde sculpture en écho à la première, il s’incruste, remplit les espaces vides sans zone de contact.
[/labeur]

18 — collecte des entités
~ 20 min animé par Maëliss et Loïc
[moment]18 — collecte des entités[/moment]
[temps]20 min animé par Maëliss et Loïc[/temps]
[labeur]
La règle d’or à laquelle on se tient en atelier et jusqu’à la fin de l’expérimentation :
“On ne donne jamais son opinion, on ne discute pas, on ne rebondit pas, jamais.”
@@ -379,14 +377,14 @@ Les plantes
L’exercice de mon métier artistique
Liberté, bien-être, légèreté, énergie du cœur
La rencontre singulière
19 — exercice de cartographie de la boussole
~ 25 min animé par Maëliss
[/labeur]
[moment]19 — exercice de cartographie de la boussole[/moment]
[temps]25 min animé par Maëliss[/temps]
[labeur]
Chacun positionne les réponses de son questionnaire sur la boussole papier en plaçant au centre le concernement, à droite les entités qui maintiennent, à gauche les entités menaçantes. Je commence par remplir le bas de la boussole qui correspond à la situation actuelle et je précise en fonction de l’action de chaque entité le degré d’intensité (faible menace, maintient important…). Enfin, je positionne les entités en fonction du degré de proximité que j’entretiens avec elle, c’est-à-dire si elles sont ou non à ma portée ( avec ou sans prise).
20 — boussole vivante
~ 15 min animé par Maëliss
[/labeur]
[moment]20 — boussole vivante[/moment]
[temps]15 min animé par Maëliss[/temps]
texte de Bruno Latour - extrait du rapport d’activité du projet pilote (2021)
@@ -422,21 +420,21 @@ C’est ce passage qui définit l’épreuve de l’auto-description et que j’


21 — points saillants
[moment]21 — points saillants[/moment]
[labeur]
Point(s) saillant(s) de chacun : écrit, ce qui sera dit sera scrupuleusement ce qui aura été écrit
Noter et partager un ou deux moments saillants de l’atelier : un moment, une question, un ressenti, que vous souhaitez mettre en partage. Même s’il y aurait plein de choses à dire, le point saillant c’est ce qui dépasse.
Ensuite, on lit scrupuleusement ce qu’on a écrit, sans commenter.
22 — Rituel de fin
~ 5 min animé par Valérie
[/labeur]
[moment]22 — Rituel de fin[/moment]
[temps]5 min animé par Valérie[/temps]
[labeur]
Jeu du clap avec Valérie
Je fais, et vous répétez après moi.
Clap noire / Clap deux croches / Clap trois triolets
Et progressivement, on accélère le rythme.
Marmite
Scannez rapidement votre ressenti - décrire en un mot - et le lancer au centre de la boussole.
Scannez rapidement votre ressenti - décrire en un mot - et le lancer au centre de la boussole.[/labeur]
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