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2018-10-01 18:45:54 +02:00

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Martine left int_martine

Au café Le Basilic sur la place de la Basilique de Saint-Denis, le 5 Septembre 2017. Victoria ma donné son contact par mail.

Peux-tu me parler un peu de ton rapport au territoire de Saint-Denis ?

Je suis arrivée fin 1986 dans un immeuble de la zac basilique, au dessus de Mc Do, un immeuble dHLM. On est tous arrivés un peu en même temps, c’était des immeubles neufs. Moi j’étais au chômage à l’époque et très rapidement avec dautres gens on a monté une association de locataire qui a été très dynamique. Je me suis pas mal occupé de cette amicale là, après on a monté un collectif dasso qui faisait ses activités dans un local juste au dessus du C&A. Le collectif était branché sur des activités comme de la musique pour enfant, théâtre pour enfant, beaucoup de corporel: du yoga, qui est toujours là, du stretching, du théâtre. En 2003 jai repris des études à la fac de Paris 8, jai fait un DESS, une branche un peu tordue de la sociologie, qui ma bien plu et puis jai continué en thèse. Jai fait des enquêtes sociologiques avec un enseignant sur Saint-Denis et je viens de terminer et de soutenir ma thèse en juin.. un long parcours. Entre temps, jai pas mal bossé dans les milieux militants et des projets de quartiers. Avec des copains artistes on avait fabriqué des chars avec lesquels on déambulait dans les quartiers.

Mais c'est dificlle de te parler de ma vision du territoire aujourd'hui car depuis 86, beaucoup de choses ont changé, mon rapport évolue. Par rapport à lassociation de locataires par exemple, pas mal de choses qui ont changées aujourdhui. Quand on est arrivés, en 1986 c’était dans un HLM privé. Une logique HLM mais pas par un organisme public. Donc un peu plus cher et donc avec une population plutôt « Classe moyenne blanche ». Petit à petit, cette population soit sen va, soit accède à la propriété et peu à peu, la population d'habitants change. Aujourdhui la grande majorité des familles sont africaines. Ce que ça change, cest quil y a plus de monde, plus de monde dans les espaces communs et on constate aussi un effondrement de l'association. Notre méthode de militants classique ne fonctionne plus. On était très « ordre du jour/réunions ». Mais on sest rendus compte que ça marchait plus, dabord parce que beaucoup d'habitants ne viennent pas aux réunions : peut-être parce que c'est trop formel, parce que tout le monde ne parlait pas toujours français, que les femmes ne viennent pas avec les hommes,..toutes sortes de choses qui étaient plutôt de lordre culturel et quon a pas pu anticiper. On pu a trouver des astuces, par exemple avec les femmes on faisait des thés en passant par les copines, etc.. mais pas pour tout. Pour la communication on a arrêté laffichage, les boîtes aux lettres, on passe quasiment que par mail avec ses avantages et ses inconvénients, car ceux qui nont pas dadresse mail ou ne sen servent pas beaucoup, ils nont juste pas linfo.. Jai décidé de me créer une page Facebook parce que je me suis rendu compte que c’était plus simple pour relayer les infos du quartier, car chacun peut les découvrir aussi par ses propres contacts. Cest un peu une page «locale» pour moi, je ny raconte pas ma vie cest plus une démarche sociale/professionnelle..

**Qu'est-ce qu'évoque pour toi la notion de "réseau" dans ce territoire de Saint-Denis ? **

Saint Denis cest un bon endroit pour étudier cette question de réseau.. Quand on dit Saint-Denis, en plus, cest tellement vaste.. moi jhabite ici depuis 30 ans et finalement, je connais un peu le centre ville car jy habite, je connais la FAC parce que jy ai été amené à y bosser, mais certains quartiers, je ny ai jamais mis les pieds. Et je ny mettrais pas les pieds, ou vraiment occasionnellement, mais je ny connais pas quoi que ce soit. En te parlant je me rend compte que nous, en centre ville, on a tendant à dire «on» est Saint Denis. Mais en réalité lorsque lon parle de Saint Denis, on parle ou dune grande entité abstraite ou dun petit bout de quartier que lon connaît. Je connais un peu la plaine maintenant parce que que jy ai travaillé depuis 2 ans avec des étudiants, mais cest vrai que jai lhabitude de plaisanter sur le fait que «mon» Saint Denis va de la Fac à Porte de Paris en passant par le théatre Gérard Philipe. Comme on est dans du dense, ma connaissance de Saint-Denis est à la fois approfondie sur certains plans et très très approximative sur pleins de choses. Il y a une époque ou jentendais beaucoup « Saint Denis est un village». Saint-Denis est un village, cest vrai, mais dun petit noyau de gens. Par rapport à la Grande ville cest pas vraiment un village, peut etre DES villages..

Mais en même temps je remarque, notamment en étant dans cet HLM, que la proximité spatiale ne crée pas naturellement de proximité entre les gens. Il y a pleins de choses qui ne se croisent pas. Notre local avait été une grande leçon pour moi. Au début on avait lobjectif classique de défendre linteret du locataire. Mais on a eu envie de choses plus amusantes donc comme on avait ce local, on a ouvert des ateliers, des activités dans le local. On partait du principe quun travail de ce type allait forcément créer une vie sociale dans limmeuble. Mais chemin faisant on sest rendu compte quon avait quasi personnes de limmeuble qui venait. On avait aussi été cambriolé plusieurs fois et on avait su que quelques fois c’était des gamins du coin. Donc jai commencé à réfléchir en prenant un peu le problème à lenvers et je me suis dit, ben peut-être quon le squatte enfait ce local. Peut-être quon simpose et que quelque part les jeunes nous disaient « Pourquoi on y entrerait pas nous aussi ?». Dans les réunions, ça commençait à parler de sécuriser et fermer encore plus le local. Mais a mon avis, ça n'était pas du tout la solution. On a finallement essayé douvrir beaucoup plus, de laisser lespace. Ya eu tout le travail de Julia aussi avec les jeunes, et au final c’était eux qui nous gardaient la salle. Des volets et des clefs, ok, un minimum, mais pas de grilles, pas de digicodes, il ne faut pas cloisonner tous les espaces. Et je dirais que les gamins pour le coup, ils en ont du réseau. Ils savent tous qui est qui, qui habite où. Quand ya un gouter danniversaire, il faut pas 15min pour que tout le monde soit au courant quil y a du gateau dans le coin !

Je rebondi sur cette question d'ouverture ou de cloisonnement des espaces, que penses-tu de l'architecture de Gailhoustet, l'architecte des ilôts ?

Cest une drôle darchitecture, avec ses recoins aussi. Mais là, chez Plaine Commune Habitat, ils veulent rénover et mettre des barrière, tout cloisonner. Cest un vrai mépris des usages. Au dessus de Carrefour, ils en on installé partout des grilles, cest immonde. Si on avait un immeuble classique on aurait pu accepter des digicodes sans trop de problème mais avec larchitecture quon a, avec tous les accès, les ouvertures, on aura que ça partout.

J'en reviens à tes moyens d’échange, tu me parlais tout à lheure de ta page Facebook, quel rapport as-tu globalement aux outils numérique, à internet ?

Déjà je remarque que dans ma génération, alors que ça a été une appropriation assez tardive, il y a une intégration vraiment impressionnante de ces outils, qui on pu nous paraître rébarbatifs au début mais qui sont entrés dans notre vie avec une certaine facilité.. alors que c’était pas du tout notre culture. Même les ordinateurs.. moi au boulot, en 90, javais demandé à avoir un ordinateur et on me répondait « tu n'es pas secrétaire », et finallement, 3 ans plus tard, on avait tous des ordinateurs avec nos mails et tout ça. Il y a eu un changement de culture très rapide et c’était frappant dans le monde du travail. Quand je me suis mise à lordinateur au boulot ça a bougé tres vite, on sest vite mis aux mails, à internet. Au début, j'avais du mal, ça m'enuyait, mais maintenant on sen sert tout le temps. Et puis maintenant il y a Facebook que je considère pour le moment comme un petit réseau de copains, plutot militant. Je poste un petit peu, je relais quelques trucs. Pas trop non plus car jai remarqué que ceux qui postent tout le temps ça peu devenir vite fatiguant et linfo se noie. Et je ne relais pas les histoires de petits chiens, de petits chats..qui mamusent bien par ailleurs. Cest plutot pour moi une manière de relayer. Pour échanger et converser, je suis beaucoup plus mail. Il y a encore peu de temps, javais lhabitude denvoyer des mails à mon fils, pour lui faire part dune chose que javais vu ou lui dire quelque chose, et puis un jour il me dit «  maman cest les vieux qui communiquent par mail ». C’était au moment où jouvrais ma page Facebook et il ma envoyé un petit message dessus, alors maintenant je lui réponds là, sur messenger, et quand je lui envoie une info, un lien, même du salon à sa chambre, je lui envoie sur messenger.

Jai un ami, Pascal, professeur à Paris 8 ,avec qui je travaille sur La Fabrique de Sociologie qui ecrit vraiment ses mails, pas comme on peut le faire des fois dans un style un peu oral. Il ecrit, il prend le temps, il formule. On a commencé à beaucoup correspondre un peu à la manière dun journal, on raconte. On reprend un point et on commence à le développer. Et du coup on avance. On pose vraiment nos réfléxions. Avec tout une bande de doctorants on échange comme ça, par listes de mails, pour organiser nos événements et tout ça.. Pour un projet, lun dentre nous, plutôt jeune, à ouvert un Wiki , mais nous qui sommes plus agés on est perdus là dessus. Il n'y a pas de mail qui nous dit quil y a une nouveauté sur le Wiki alors on avait fini par un peu labandonner. On s’était remis à faire des mails, mais notre ami nous a relancé pour le Wiki car cest vrai que pour larchive cest mieux. Ca nous demande un effort, cest un peu plus long à intégrer. Une sorte dapproche visuelle qui est différente..