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2018-10-02 00:00:12 +02:00

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Marie W left int_mariew

A Paris 8 dans le studio radio le 04 octobre 2017. Cest Victoria qui ma donné son contact.

Peux-tu me parler de ton rapport au territoire de Saint Denis ? Si tu y vis, t'y promenes.. ?

Jy habite depuis 5 ans. Jy suis venu parce que je voulais aller à luniversité de Paris 8 et pour moi c’était très important dhabiter au même endroit que là ou j’étudiais pour pouvoir créer des passerelles entre luniversité et mon chez moi, pour pouvoir inviter des gens, avoir un rapport avec lextérieur. C’était ma vision de ce que ça devait être. Jai toujours habité près des endroit où jai étudié et où jai travaillé, et pour moi cest une donnée assez importante. Peut etre du fait que je nai pas de voiture, jessaye de faire tout à pied ou en vélo. Je me suis donc implantée à St Denis dans une petite maison en colloc et finallement après mes études jy suis restée parce que jai découvert une ville que je naurais jamais découvert autrement. Quand je suis arrivée à Paris au départ jhabitais dans Paris et j‘étais à la Sorbonne, cest plus tard que jai eu envie de découvrir Paris 8.

Comment as-tu eu envie dy aller ?

Jai fait mes études à Nancy en licence et mon rêve était daller à Paris. Je suis venue pour commencer un master de lettre à Paris. Finallement le parcours tout tracé ne ma pas convenu et à la suite de ça je suis partie en stop pendant 2 ans en Europe et jy ai découvert les milieux alternatifs. Au cours de cette expérience je me suis questionnée sur mon mode de vie et notamment mon rapport au collectif. Un jour une amie ma invité à une réunion féministe à Paris 8, que jai trouvé super interessante. Je fais cependant remarquer à mon amie que je trouve quune personne prend quand même beaucoup la parole et elle me dit : «Cest la prof. Cest un cours de philosophie.» Et là je me dit «Ok, il faut que je vienne à Paris 8.» Je suis donc entrée à nouveau en Master de lettre mais avec un tout autre parcours, un tout autre profil.

Tu me disais que tu habites à coté de luniversité, que connais-tu du reste de Saint Denis ?

Au début, j’étais vraiment très présente à Paris 8 parce que cest une université-monde, cest tellement énorme que ma vie c’était à Paris 8. Je ne connaissais donc même pas tant mon quartier que ça surtout que cest un espace qui est en train de bouger, davoir de plus en plus de commerces mais au départ il n'y avait pas encore le tram, pas beaucoup de commerces.. donc pas beaucoup de vie dans ce quartier. Je sortais très peu à Saint Denis dans le centre. Par contre ma rue cest des anciennes maisons ouvrières et donc il y a tout un tas de gens qui sont là depuis 40 ans , qui sont très aidants les uns envers les autres avec un rapport vraiment chouette entre les habitants. Ma voisine prend le courrier de toute le monde quand on est pas là.. Cest vraiment depuis lannée dernière que jai réussi un peu à quitter le cocon Paris 8 et à mintégrer à Saint Denis et du coup cest principalement dans le centre de St Denis. Jai peu de rapport avec mon quartier à part avec mes voisins. Je croise aussi des habitants parce que je vais au taxiphone.

Le taxiphone ?

Cest comme un cyber café. Jusqu’à très recemment je navais pas Internet chez moi, par choix. A Paris 8 avec la Bibliothèque ouverte jusque 20H je nen avais pas besoins et ça me permettais de segmenter un peu des parties de ma vie avec des espaces connectés et des espaces non connectés. Je nai pas de Smartphone non plus. Jai été un peu prof et parfois ça ma amené a devoir travailler un peu plus tard quand même et donc jallais au taxiphone. Je trouve que cest un endroit extraordinaire: à la fois il vend des clopes, des cafés, il récupère le courrier, il fait des photocopies, tu peux utiliser Internet, appeler en Afrique.. Et du coup par ce biais là je connais des gens du quartier que jy croisais régulièrement et que je n'aurais jamais rencontré par ailleurs. Tu y rencontres des gens qui ne parlent pas forcément français, tu y croise des sphères sociales et culturelles. Cest un endroit très peu cher, donc tu y vas tel que tu es avec des besoins élémentaires de café, dappel, de connexion web.. ça marche bien. Cest un lieu très vivant où l'on se rencontre sans se rencontrer mais à force de sy croiser on discute, on crée du lien. Cest un lieu qui fait vraiment partie de mon intégration de quartier.

Mais sinon cest vrai que les gens que jai rencontré à St Denis ça a quand même été plus en centre ville à travers des lieux un peu symboliques , comme le bar Le Pavillon, la galerie ADADA, le cinéma l’écran, le théatre Gerard Philipe...pour le coup, ça ressemble à un village. Quand je passe devant Le Pavillon, je jette un coup d'oeil pour voir s'il n'y a pas des gens que je connais, parce que cest un lieu qui se trouve un peu dans un carrefour et ou tu vois tout de suite les gens qui y sont installés.

Le Pavillon est un lieu qui revient beaucoup dans mes échanges avec des habitans, pourquoi à ton avis ?

Si Le Pavillon est symbolique à St Denis, je pense que cest parcque dans beaucoup de bars de St Denis tu ne vas trouver quasiment que des hommes, alors quau Pavillon cest vraiment mixte, son emplacement géographique est assez stratégique, avec une bonne visibilité, et le patron a une grande ouverture desprit. Tu peux y proposer des choses un peu insolites, des concerts,.. Nous on y a fait une performance artistique avec une amie. Cest pour ça que ce lieu a une grande importance. Il faut dire qu'ici, il y a un milieu alternatif assez étendu et en meme temps.. on recroise souvent les même personnes, dans les même lieux.. depuis que je mintègre dans le centre ville, je découvre St Denis comme un village.

Qu'est-ce qui est central pour toi, dans ce "village" que tu décris ?

Je fais partie dun réseau qui est devenu vraiment important pour moi et pour beaucoup de gens je pense à St Denis, qui est lAMAP. Cette AMAP, cest plein de choses, cest plus quune AMAP. Manger des bons légumes, cest super, mais cest presque un pretexte. Cest surtout un moyen de se rencontrer et de se connaître entre dyonisiens. On a une liste mail où l'on se partage des infos: Quon ai quelque chose à donner, que l'on cherche un medecin, un plombier.. que l'on diffuse une date de concert.. tout ça passe par la liste de discussion. Et ça marche très bien : tu envois un mail et tu es sûr davoir une réponse. Mon dernier colocataire, je lai trouvé par ce biais là. Il y a même des gens qui ne sont plus à lAMAP, parce quils ont déménagé par exemple, et qui restent inscrits sur les listes de discussion pour avoir les infos.

Et pour être reliées à cette chaine de mails, tu le fais depuis le Taxiphone ? Tu nas toujours pas internet chez toi ?

Non maintenant jai une Web-trotter, ce qui me permet davoir internet aussi quand je vais dans ma maison en Normandie par exemple. Cest une petite boîte que tu peux trimballer partout et que tu branche en usb pour avoir le Wifi. Donc cest un peu comme une box que tu peux transporter facilement pour te connecter à la campagne, dans le train.. Donc je triche un peu, cest en train d’évoluer doucement.

Avec cette web-trotter, pour quelquun de "déconnecté" tu es donc plutôt.. ultra-connectée ?

Oui cest vrai, mais je nai pas de smarthpone donc il faut que jai accès à un ordinateur si je veux me connecter, ce qui me met dans une autre configuration, où je ne suis pas tout le temps connectée. Je pense que dans le réseau alternatif il y a encore beaucoup de gens comme moi qui ont des vieux téléphones basiques qui appellent et envoient des sms, pour être joignables mais pas connectés en permanence. Pour ma part je privilégie toujours le contact direct au téléphone ou autres outils. A un moment donné je navais quun téléphone fixe, puis pendant quelques temps plus de téléphone du tout donc il fallait se fixer des rendez-vous. Mais on a pu me repprocher de faire subir mon mode de vie aux autres: par exemple une fois le rendez-vous, fixé on ne pouvait pas me prévenir dun retard, décaler dune demi heure etc.. Maintenant, jai un téléphone portable mais jessaye de ne pas avoir de Smartphone. Je vois déjà l’évolution: avant je navais ni internet ni téléphone et déjà, jai ma web-trotter et un téléphone. Cet englobement me fait peur, je nai pas envie davoir une vie virtuelle. Je veux bien que ce soit un outil qui me permette davoir un contact humain direct, mais pas que ça remplace ces échanges directs. Mon usage du numérique se cantonne aux recherches et aux mails, je nai pas Facebook, pour des raisons idéologiques aussi, je nai pas twitter, pas snapchat... je ny connais rien.

Tu dissocies complétement une vie virtuelle dune vie physique ?

Oui, car jai limpression que lon se crée une image de ce que lon veut montrer de soi et je n'ai pas envie dentrer dans cette logique, en montrant des choses attrayantes me concernant pour que lon ai envie de me rencontrer.

Ta crainte me parait liée au fonctionnement des réseaux sociaux, mais que penses-tu de loutil mail qui te permet de densifier ton réseau, par exemple avec lAMAP ? Celui-ci me parait être très lié à ta vie physique, non ?

Cest vrai mais en même temps ce qui est parfois étrange cest que des personnes vont me répondre, par exemple sur les discussions de lAMAP, mais je ne sais pas qui elles sont. Cela engendre quand même une frustration. Par exemple, lorsque jai cherché mon colocataire sur cette liste mail, des personnes mont répondu car mon annonce leur avait donné envie de me rencontrer, bien quils ne cherchaient pas de logement dans limmediat. Ce que jaime bien par exemple au Pavillon cest le fait que ça puisse etre une rencontre spontannée, physique. Jai limpression quavant, quand on avait pas de téléphone portable, il y avait les café ou on savait que vers telle heure on pourrait y rencontrer des connaissances, au Pavillon cest un peu comme ça. Et il y encore un peu ça à St Denis parce que cest une ville ou, jai limpression, les gens sont très connectés entre eux, il y a beaucoup de choses qui se passent, beaucoup de réseau. Et je trouve ça mieux que le réseau informatique, même si on peut dire que ça fonctionne ensemble, mais je pense que cest parce que les gens font des choses ensemble physiquement que ce réseau est interessant. Donc, effectivement on ne parle pas dune « autre vie », cest juste un outil derrière tout l’échange social entre les gens. Mais ce qui minquiètes, cest que cet outil prenne plus de place et « devienne la vie ». 

A Saint-Denis il y a aussi un truc très pragmatique qui fait que ce n'est pas le cas : cest quil y a beaucoup de gens dans le milieu alternatif qui sont dans le refus de Facebook, Twitter, etc , nont pas de smartphone.. et ,concretement, pour les voir il faut se débrouiller autrement. Et il y a aussi le fait que St Denis soit une ville pauvre: tout le monde ne peut pas être pas équipé pour être connecté et il y a une sorte dinstabilité de la connexion qui pousse plus les gens à se parler. Des fois, à mal se parler, cest sûr, mais en étant dans un échange direct. Il y a beaucoup de groupes de gens dans la rue qui discutent des heures de jour ou de nuit. Il y a une vraie facilité communicationnelle, même si bien sûr il reste des groupes.. Mon ancien colloque, en 3 mois il connaissait tout Saint Denis..

Tu as l'air de bien connaître le milieu alternatif lié à Saint-Denis, pourrais-tu m'en citer un lieu, une structure en particulier ?

Jai beaucoup suivi les débuts de lAttiéké. Il nexiste plus aujourdhui, il y a eu des expulsions, mais ça a été un lieu important et vraiment interessant. Ils ont réussis à proposer des activités multiples pour des publics assez différents, à la fois atelier vélo, dalphabétisation, activités pour les enfants, des projections militantes, des débats, un lieu de vie.. Ils ont vraiment réussi à en faire un lieu social auto-géré. Cest à dire qui répond à des demandes sociales, qui est ouvert sur lextérieur. Pas un squat fermé et qui reste dans lentre-soit. Il y avait une vraie implication dans le territoire et ça à vraiment marché. Lorsque tu allais en soirée à lAttiéké, tu y croisais toute sorte de gens, de mentalité, de culture, sans être regardé de travers à lentrée, sans même payer, c’était prix libre. Cest resté 2 ans et demi/3 ans sur le territoire, donc avec un vrai temps d'implantation, alors que souvent les squat ont une durée de vie assez courte, plutot dun an.

Comment marchait la communication ?

N’étant pas très connectée jai peut-être loupé des choses mais en tous cas, il y avait des mails pour les grands énévements, des sms.. des affiches aussi car il y avait une vraie volontée douverture. Mais en réalité, généralement cest plus facile dentrée dans un squat si tu y connais quelquun.. Cest pour ça aussi que sur lAttiéké en particulier il y a eu un travail sémantique sur le fait dappeller ça un centre social auto géré et non un squat, pour ne pas renvoyer à un imaginaire « sale, malpropre, drogue, illégal..» alors que centre social ,on parle tout de suite dun lieu de vie ouvert. Le bouche à oreille est super important. Dans les squats que jai pu croiser dans mon voyage en europe c’était un peu plus fermé, ça fonctionne plus par code, dans le sens ou tu rentre dans le groupe soit parce que tu y connais quelquun soit parce que, dans ta façon de texprimer, de te vétir, tu répond aux même « codes », tu es reconnu par le groupe. Par exemple parce que tu fait du stop, de la récup sur un marché.. il y a une sorte de reconnaissance sociale qui agit et cest comme ça que tu rencontre le groupe. Ca reste très fermé donc la communication est assez limitée pour se contenter du bouche à oreilles, du contact direct.